Agnes Riverin

J’habite en forêt au bord d’une rivière qui m’éblouit par sa luminosité, son chant et m’inquiète par sa force, son impétuosité. Ce contraste est celui-là même qui prélude à ma démarche en art visuel; ombre et lumière. Qu’il s’agisse du photographique, picturale, sculpturale ou littéraire, ces deux pôles orientent depuis toujours le travail d’atelier et d’écriture. Je m’interroge sur le champ d’énergie qui nous entoure cherchant constamment à capturer ses vibrations, à leur donner forme et sens. Je suis fascinée par les interrelations dynamiques de la nature, dans les caractéristiques perceptibles des plantes, des paysages, ces liens qui unissent et structurent le vivant. 

Dans
ma démarche art et écologie se confondent, et c’est l’émerveillement d’abord, cet espace liminal, qui m’invite à créer. Je puise dans la physique quantique une vision du monde où l’observateur et l’observé sont intimement liés par des phénomènes d'intrication. Dans mes corpus, cette interdépendance devient le moteur de la création, révélant que la dégradation de la biodiversité n'est pas un événement extérieur, mais une altération de notre propre substance. En abolissant la distance entre le soi et l'environnement, je cherche à rendre sensible cette physique de l'invisible qui lie notre destin à celui du vivant. Dans mon bestiaire l'animal est humanisé sans être le résultat d'une transformation ou d’un zoomorphisme, mais uniquement parce qu’il s’adresse à l’humain d’égal à égal. Par la mise à distance, il me permet de soulever de nombreuses questions sur la détérioration de la biodiversité dans sa richesse et notre fragilité commune.

Il y a un côté sériel dans mon travail, je développe les concepts d’une œuvre à l'autre au fil de ma réflexion. Mes œuvres se pensent comme des écosystèmes, non seulement dans leur contenu, mais aussi dans leur mode d’interaction. Chaque pièce engage une expérience immersive, et incite le spectateur à circuler, déchiffrer pour reconstruire des significations plurielles. Acteur essentiel, sa déambulation, sa contemplation et ses interrogations participent à l’activation des échos subtils que je cherche à provoquer.  
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